À l’occasion de la Semaine de la Critique au Festival de Cannes, le réalisateur thaïlandais Ratchapoom Boonbunchachoke s’empare d’un sujet décalé et poignant dans son premier long métrage, Possessed Vacuum. L’œuvre, qui marque le grand retour du cinéma thaïlandais à Cannes après une décennie d’absence, mêle habilement satire sociale, comédie romantique et fantômes pour explorer des thématiques contemporaines fortes.
Ratchapoom Boonbunchachoke et la renaissance du cinéma asiatique à Cannes
Avec Possessed Vacuum, Ratchapoom Boonbunchachoke offre une entrée remarquée dans la compétition des nouveaux talents lors de la Semaine de la Critique. Ce festival de cinéma, réputé pour sa découverte de films indépendants audacieux, constitue une étape majeure pour le réalisateur thaïlandais, qui confie se sentir à la fois excité et nerveux face à une telle reconnaissance. Son film, tout en renouant avec la richesse du cinéma asiatique, propose une approche inédite qui bouscule les codes habituels du cinéma thaïlandais, habituellement ancré dans l’horreur traditionnelle.
Une histoire de fantômes à Bangkok, entre satire sociale et enjeu écologique
Le cœur du récit suit March, un homme endeuillé par la mort de sa femme Nat, victime d’une pollution aux poussières omniprésente à Bangkok. Lorsque Nat revient sous la forme d’un aspirateur hanté, la vie de March est bouleversée, mettant en lumière des dynamiques familiales et sociales complexes. Ce fantôme pas comme les autres se trouve confronté à des résistances tout en s’engageant dans une mission singulière : purifier l’usine abandonnée où le spectre d’un ouvrier décédé demeure prisonnier.
Cette trame sert de toile de fond à une réflexion acérée sur la pollution, la crise du coût de la vie et l’exploitation des classes laborieuses dans la métropole thaïlandaise. Boonbunchachoke détourne ainsi le genre du film de fantômes pour en faire une comédie romantique satirique et engagée, évitant délibérément les clichés associés au cinéma d’horreur thaïlandais.
Un récit qui transcende le folklore pour interroger nos réalités urbaines
En s’inspirant des traditions locales, où le « poussière » symbolise aussi les individus sans pouvoir, le film questionne la place des fantômes dans une société contemporaine où la survie exige travail et résistance. Boonbunchachoke imagine un monde où même l’au-delà doit concilier tâches quotidiennes et lutte contre un système oppressif. Ce subtil mélange d’humour et d’urbanité évoque une modernité où les esprits se battent pour leur reconnaissance et justice.
L’usine, décor principal de cette intrigue, incarne non seulement l’exploitation industrielle mais aussi le rapport dégradé à l’environnement. À travers ce lieu, le film dénonce l’impact de la fabrication sur la dégradation écologique et les conditions de travail dangereuses, installant un décor vibrant pour renforcer le propos social.
Collaboration internationale et création audacieuse : le design au cœur de l’aspirateur hanté
Fruit d’une collaboration entre quatre pays, dont la Thaïlande, la France, Singapour et l’Allemagne, Possessed Vacuum témoigne également de l’influence d’échanges culturels dans le cinéma indépendant. L’intervention d’un designer industriel singapourien a donné naissance à un aspirateur au design surprenant et décalé, élément clé et symbolique du film, qui associe fonction et esthétique dans un objet à la fois banal et inquiétant.
Cette touche d’originalité souligne l’esprit d’innovation de Boonbunchachoke, plus soucieux de faire rire que de faire peur, et son envie d’élargir la palette narrative du cinéma thaïlandais contemporain.


